Alain Marsaud
Rejections II
Galerie Fontaine Obscure, Photographie, Aix-en-Provence, France
mercredi 7 septembre 2011 - vendredi 30 septembre 2011 - Evénement terminé.
Rejection photographique, images en ressac, bris d’images… après une lente décantation il ne reste plus que la part insoluble, résiduelle de l’image, ce en quoi elle se concentre tout comme la pelote de rejection des rapaces est rendue.
Exposition en lien avec les journées du patrimoine des 17 et 18 septembre 2011
L’art contemporain aux portes du patrimoine,
La ville d’Aix-en-Provence est un centre attractif pour le monde entier sur le plan patrimonial. Que l’on considère le bâti, la culture provençale, la musique, les universités et les arts… tout témoigne de la richesse considérable de cette ville. Mais la culture ne saurait être seulement un répertoire figé, des archives inertes, un livre ouvert à ressasser. C’est pourquoi, le dialogue entre les différents temps de l’art est important afin de réactiver en permanence par les éclairages nouveaux de notre contemporanéité, la capacité des œuvres du passé à prolonger et renouveler la relation qu’elles ont instaurée avec nous.
De ce point de vue, des lieux institutionnels aux galeries en passant par la rue, la photographie occupe une place importante dans cette interpénétration des pratiques artistiques. Elle nourrit de son imaginaire des endroits ordinaires qu’elle transcende, habite par ses images les murs de nos villes ou révèle des points de vue invisibles ou ignorés, enfin, elle fait aussi œuvre patrimoniale.
Si la photographie contemporaine s’inscrit dans les problématiques de son époque et entretient avec le réel une relation privilégiée, cela ne l’empêche nullement d’alimenter sur un autre plan des connivences, des relations de parenté avec les différentes expressions artistiques qu’elle côtoie. N’est-elle pas souvent la rencontre de la théâtralisation, de la peinture, de la scénographie, de la sculpture, de la décoration, … ?
Les photographies exposées par Alain Marsaud à la galerie de la Fontaine Obscure, dans la série intitulée « Rejections II » participent bel et bien de cette dimension théâtrale. La frontalité des compositions instaure par exemple la proximité d’un jeu où le décor sert de chambre d’échos à la narration qui se joue. La théâtralité à laquelle il se réfère tient à l’équilibre entre l’excès toujours tentant de l’expression baroque et la rigueur d’une composition plus classique dans ce qui pourrait rappeler la façon dont les Atlantes et autres motifs décoratifs ornent les façades des monuments historiques aixois. Cet équilibre entre rigueur et débordement n’est-il pas le propre de l’architecture du Pavillon Vendôme par exemple ? De très loin, des affinités se dessinent, osent se formuler et se rencontrer. Le jardin qui entoure le bel édifice et lui sert d’espace de théâtralisation, instaure à sa manière une frontalité efficace pour construire le parcours menant aux détails des motifs architecturaux. Les photographies d’Alain Marsaud ne procèdent pas différemment : un cadre général pour camper la scène et une proximité pour découvrir les motifs réduits des fragments d’images présents dans les formes.
Sur un plan esthétique, la série articule d’une part, l’expression de la modernité par le traitement plastique des formes, la mise en scène et les fictions qui en découlent, la réflexion générale et, d’autre part, une utilisation de formes extrêmement archétypales -références patrimoniales non limitées à l’art occidental-.
En d’autres termes, le patrimoine se définit par ce qui se perpétue à travers l’histoire, ce qui demeure pour prolonger le sens d’une époque et faire résonance dans le présent. Le passé n’est jamais un corps mort, mais un devenir perpétuel. Les archives personnelles d’Alain Marsaud qui lui servent de terreau, de territoire à partir desquels il actualise ses scénographies, ne sont pas sans rappeler cette dimension patrimoniale. Chez lui les prises de vues sont celles d’un temps révolu et le transit plus ou moins long dans les limbes de ses archives cherche à vider les images de leurs parties inutiles pour ne conserver que le substrat insoluble. Sa démarche réitère à sa manière ce qui pourrait ressembler à une réactivation du passé. Avec les « Rejections », les images mémorielles, purs indices d’un rapport spécifique au monde, ne se réduisent jamais au silence total. Même dans ces formes d’exténuation extrême, elles continuent d’alimenter des fictions, des interrogations et cherchent sur le fond à qualifier une pratique photographique.
Sur ce point, les mises en scènes des résidus photographiques, dans ces formes de théâtralisation qui vont à l’encontre de leur statut de débris, exaltent la vitalité d’un médium dont l’essence ne se soumet jamais totalement à la possibilité d’une disparition. Dans la survie de ces images, c’est toute la production photographique peu ou pas visible, oubliée, circonscrite dans des cercles restreints qui est convoquée. Le monde contemporain, aujourd’hui plus encore, avec les flux d’images sur les réseaux, alimente des flots de photographies qui disparaissent presque instantanément. Peu restent fixées aux parois de l’Histoire. Que deviennent les autres images ? Sont-elles irrémédiablement perdues ? Voilà le sens de la démarche créatrice inscrite dans la série « Rejections II ».
À propos de mémoire, celle, induite dans la pratique photographique d’Alain Marsaud est principalement une mémoire individuelle au départ, liée aux circonstances d’une biographie personnelle. Rien de très spectaculaire dans ces images-matériau qui lui servent de base de réflexion : pas de scoop, pas d’images choc mais des moments privilégiés soumis aux exigences formelles d’un projet assez documentaire. En cela, ses indices de réalité, ses témoignages visuels d’une présence au monde ne diffèrent en rien de ceux d’un grand nombre.
La différence tient principalement au questionnement sur la photographie en général et la conception qu’il s’en fait. La démarche créatrice se construit sur deux axes : le premier cherche à penser la spécificité d’un rapport au réel à partir de prises de vues transformées en images matériau et le deuxième pousse la réflexion dans le sens d’une redéfinition du médium.
Pourtant, au-delà de cette universalité basique, les questions relatives à l’oubli et à l’anamnèse, la réflexion sur l’importance hiérarchique des images qu’impose la société, ce qu’elle retient et ce qu’elle rejette dans la surabondance iconique, l’idée aussi que rien ne se perd totalement dans l’interdépendance des images, tout cela tend à rejoindre des préoccupations plus universelles. Et finalement n’y a-t-il pas place pour une pensée du non montré, de ce que condense le monde en espaces d’exclusion visuelle ? Le patrimoine, comme l’Histoire, se constitue à partir de ses acteurs et de l’éclairage qui les rend visibles.
Exposition en lien avec les journées du patrimoine des 17 et 18 septembre 2011
Ouverture exceptionnelle de la galerie de 10h à 19h en présence de l'artiste